FRANCE

depuis 1792

Révolutionnaire !

"J'ai perdu la tête... depuis que j'ai.."

Comme la plupart des choses qui nous entourent, la guillotine, dès sa création, fut "célébrée" par des chansons. On se souvient qu'après l'exécution de Pelletier, en 1792, les gens quittèrent la place de Grève en fredonnant :

Rendez-moi ma potence de bois
Rendez-moi ma potence...

Mais par la suite, des chansonniers créerent des chansons où on évoquait directement la guillotine, ou bien carrément où elle devenait personnage central.

"La Veuve"

L'année de l'exécution du tristement célèbre Pranzini (des pâtes, des pâtes, oui mais...), le compositeur Jules Jouy écrit les paroles d'un morceau au titre sans équivoque (surtout pour le Paris de l'époque) : La Veuve. Jouy, on le saura, est un spectateur assidu des mises à mort, et semble éprouver une passion pour la guillotine. Il mourra quelques années après, sanglé dans une camisole de force, assistant à une perpétuelle exécution imaginaire, rêvant de décapitations. La musique est l'oeuvre de Pierre Larrieu. Dans les années 30, la grande Damia, chanteuse à succès aux gestes théâtraux, décide de réinterpréter ce succès (remontant à pas loin d'un demi-siècle, déjà). Elle le chante sur scène, mimant la machine en dressant haut ses bras. L'enregistrement de ce morceau, que vous pouvez entendre en fond, date du 07 février 1933 (deux jours après, la tête d'Evaux tombait à Riom).La Veuve est une façon étrange de personnifier la guillotine, mais c'est réussi.

NB : quelques changements existent entre la version originale de Jules Jouy, et celle de Damia, mais elles restent minimes.


La Veuve, auprès d'une prison
Dans un hangar sombre demeure
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu'il faut qu'un bandit meure
Dans la voiture de gala
Qu'accompagne la populace
Elle se rend non loin de là
Et, triste, descend sur la place
Avec des airs d'enterrement
Qu'il gèle, qu'il vente, qu'il pleuve
Elle s'habille lentement
La Veuve

Les témoins, le prêtre et la loi,
Voyez, tout est prêt pour la noce,
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c'est le carrosse,
Tous les accessoires y sont.
Les deux chevaux pour le voyage
Et les deux paniers pleins de son,
La corbeille de mariage...
Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve...

Voici venir son prétendu
Sous le porche de la Roquette
Appelant le mâle attendu
La Veuve à lui s'offre coquette
Pendant que la foule autour d'eux
Regarde, frissonnante et pâle :
L'homme crache son dernier râle
Car ses amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu'une fois avec
La Veuve

Cynique, sous l'oeil du badaud,
Comme en son boudoir une fille
La Veuve se lave à grande eau
Se dêvet et se démaquille
Impassible au milieu des cris
Elle retourne dans son bouge
De ses innombrables maris,
Elle porte le deuil en rouge.
Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l'homme abreuve
Elle rentre cuver son sang
La Veuve...


Le 17 mars 1897, mort de Jules JOUY (né en avril 1855, à Paris). Chansonnier, poète et anarchiste, pionnier de la chanson sociale. Après une enfance pauvre, marquée par la Commune, il exerce divers métiers : boucher, peintre sur porcelaine, etc. Mais c'est la poésie et la chanson qui vont révéler ce parfait autodidacte. Il débute au "Tintamarre", puis aux "Hydropates" et au "Chat noir", faisant le succès des cabarets de Montmartre. Il écrit dès lors un nombre impressionnant de chansons sociales qui évoque la misère du monde ouvrier, et qu'interpréteront aussi les célébrités de l'époque. Il collabore au journal "Le cri du peuple" de Vallès, à qui il donnera "La chanson du jour" pendant des années. Il s'opposera à la tentative de dictature du général Boulanger, et contribuera, par ses chansons, à ridiculiser cet "aventurier". Aimant faire des blagues, mais aussi teigneux, il se battra plusieurs fois en duel. Mais son obsession de la guillotine et de la mort l'entraînèrent dans la folie. Interné dans un asile, il y mourut deux ans plus tard. Patrick BIAU lui a récemment consacré une biographie : "Jules Jouy, le poète chourineur".

Jules JOUY Une petite note pour ce chansonnier oublié du siècle dernier (1855-1897)Auteur de 4.000 (!) chansons en 20 ans, mort de folie due à l'absinthe.Ce fut le précurseur de la chanson sociale; ses thèmes, d'une violence et d'un irrespect inégalés à ce jour, évoquent la misère, le monde ouvrier et les injustices de l'époque. Obsédé par la guillotine, il écrivit "La Veuve" chantée par Damia.Il fut aussi de tous les mouvements farfelus et dissidents de l'époque. Ami de Gill, Allais, Sallis, Bruant, ce fut le chef de file de la contestation et dela provocation. Sa place dans un site consacré à Ferré va donc de soi. Il fut aussi de toutes les farces et déconnades de son temps. Fondateur du légendaire "Journal des Merdeux" (1882) qui ne comporta qu'un seul numéro (car totalement invendable) ; son humour qu'on appelle"décalé" aujourd'hui le fit élire Prince des Chansonniers par ses pairs. "Ah! Que voilà de beaux enfants ! Disait un grand seigneur au gros Colas leur père; Qu'ils sont frais, gaillards et puissants, Nous autres, gens de la Cour, nous voyons au contraire Les nôtres délicats, faibles et languissants, Toujours malsains, toujours blêmes ; Comment faites-vous donc, vous autres paysans ? - Parqué, monsieur, je les faisons nous-mêmes. "J.Jouy-Chansons- Tout cela est tiré du superbe livre consacré à cet anar par Patrick Biau : " Jules JOUY le poète chourineur" (140F)Editions Biau BP01 81600 SENOUILLAC ou à la librairie Publico

"A la Roquette"



En t'écrivant ces mots, j'frémis
Par tout mon être
Quand tu les liras, j'aurai mis
L'nez à la f'nêtre
J'suis réveillé depuis minuit,
Ma pauvre Toinette
J'entends comme un espèce de bruit
A la Roquette

L'Président n'aura pas voulu
Signer ma grace
Sans doute que ca lui aura déplu
Que j'me la casse
Si l'on graciait à chaque coup
Ca serait trop chouette
D'temps en temps, faut qu'on coupe un cou
A la Roquette


La-haut, l'soleil blanchit les cieux
La nuit s'achève
Ils vont arriver, ces messieurs
V'la l'jour qui s'lève
Maintenant j'entends distinctement
L'monde en goguette
Qui chante sur l'air de l'enterrement
A la Roquette


Tout ça, vois-tu, ça ne me fait rien
C'qui m'paralyse
C'est qu'il faut qu'on coupe avant l'mien
L'col de ma ch'mise
En pensant au froid des ciseaux
A la toilette
J'ai peur d'avoir froid dans les os
A la Roquette


Aussi, j'vas m'raidir pour marcher
Pas qu'ca m'émeuve
C'est pas moi que j'voudrais flancher
Devant la Veuve
J'veux pas qu'on dise que j'ai eu l'trac
De la lunette
Avant d'éternuer dans l'sac
A la Roquette

"A la Bastoche"



Il était né près du canal,
Par là... dans l' quartier d' l'Arsenal,
Sa maman, qu'avait pas d' mari,
L'appelait son petit Henri...
Mais on l'appelait la Filoche,
A la Bastoche.


I' n' faisait pas sa société
Du géni' de la liberté,
I' n'était pas républicain,
Il était l'ami du Rouquin
Et le p'tit homme à la Méloche,
A la Bastoche.


A c'tte époqu'-là, c'était l' bon temps :
La Méloche avait dix-huit ans,
Et la Filoche était rupin :
Il allait des fois, en sapin,
Il avait du jonc dans sa poche,
A la Bastoche.

Mais ça peut pas durer toujours,
Après la saison des amours
C'est la mistoufe et, ben souvent,
Faut s' les caler avec du vent...
Filer la comète et la cloche
A la Bastoche.


Un soir qu'i' n'avait pas mangé,
Qu'i' rôdait comme un enragé ;
Il a, pour barboter l' quibus
D'un conducteur des Omnibus,
Crevé la panse et la sacoche,
A la Bastoche.


Et sur la bascule à Charlot,
Il a payé sans dire un mot :
A la Roquette un beau matin,
Il a fait voir, à ceux d' Pantin,
Comment savait mourir un broche
De la Bastoche !

Il était né près du canal,
Par là... dans l' quartier d' l'Arsenal,
Sa maman, qu'avait pas d' mari,
L'appelait son petit Henri...
Mais on l'appelait la Filoche,
A la Bastoche.

"A la Villette"

Il n'avait pas encor' vingt ans,
I' connaissait pas ses parents,
On l'app'lait Toto Laripette,
A la Villette.

Il était un peu sans façon,
Mais c'était un joli garçon :
C'était l'pus beau, c'était l'pus chouette,
A la Villette.

Il était pas c'qu'y a d'mieux d'mis,
Il avait pas des beaux habits,
I' s' rattrappait su' sa casquette,
A la Villette.

Il avait deux p'tits yeux d'souris,
Il avait deux p'tits favoris,
Surmontés d'eun' fin' rouflaquette,
A la Villette.

Y'en avait pas deux comm' lui pour
Vous parler d'sentiment, d'amour ;
Y'avait qu'lui pour vous fair' risette,
A la Villette.

Il avait un gros chien d'bouvier
Qu'avait eun' gross' gueul' de terrier,
On peut pas avoir eun' levrette,
A la Villette.

Quand i' m'avait foutu des coups,
I' m'demandait pardon, à g'noux,
I m'app'lait sa p'tit' gigolette,
A la Villette.

De son métier i' faisait rien,
Dans l'jour i' baladait son chien,
La nuit i' rinçait la cuvette,
A la Villette.

I' f'sait l' lit qu'i' défaisait pas,
Mais l'soir, quand je r'tirais mon bas,
C'était lui qui comptait la galette,
A la Villette.

Quéqu' fois, quand j' faisais les boul'vards,
I' dégringolait les pochards
Avec le p'tit homme à Toinette,
A la Villette.

I' m'aimait autant que j' l'aimais,
Nous nous aurions quitté jamais
Si la police était pas faite,
A la Villette.

Y a des nuits oùsque les sergots
Les ramass'nt, comme des escargots,
D'la ru' d' Flanche à la Chopinette,
A la Villette.

Qu'on m'prenn' grand ou p'tit, rouge ou brun,
On peut pas en conserver un :
I' s'en vont tous à la Roquette
A la Villette.

La dernièr' fois que je l'ai vu,
Il avait l' torse à moitié nu,
Et le cou pris dans la lunette,
A la Roquette.

"Géomay"



Comme il était fils de putain,
I' savait pas beaucoup d'latin,
Ni d'aut' chose ;
I' savait juste assez compter
Pour savoir c' que peut rapporter
La p'tit' Rose.


C'était un môme assez costeau
Mais il 'tait avec eun' cathau
Qu'était blèche ;
I' la r'levait à la mi' d'pain,
Il n'était, au lieu d'êt' rupin,
Dans la dèche.


En r'filant la comète, eun' nuit,
Dans l'ombre il aperçut d'vant lui
Eun' guérite :
Tant pis, qu'i' s'dit, j'vas m'engager :
J'pourrai dormir, boire et manger
Sans marmite.


Malgré qu'il avait pas d'état,
Ça fit tout d'suite un bon soldat,
Et pis mince
Qu'i' mangeait à gueul' que veux-tu ;
Il 'tait nourri, logé, vêtu
Comme un prince.


Ça f'sait son blot, malheureus'ment,
On la r'lèv' pas au régiment :
Nib de braise !
Mais, à Paris, i' fréquentait
Eun' vieill' marchand' de vins qu'était
A son aise.

Eun' nuit qu'il 'tait en permission,
V'là qu'i' tu' la vieill' d'un coup d'scion...
C'est-i bête !
L'aut' matin Deibler, d'un seul coup,
Place d' la Roquette y a cou-
-pé la tête.


S'i' s'rait parti pour el' Tonkin,
I' s' s'rait fait crever l'casaquin
Comm' Rivière...
Un jour on aurait p't^t' gravé,
Sur un marbre ou sur un pavé,
L'nom d'sa mère

"L'assassin assassiné"

En 1980, alors qu'une majorité de Français sont toujours pour l'emploi de la guillotine, le parolier Jean-Loup Dabadie soumet au chanteur Julien Clerc un beau texte qui montre l'horreur qu'il y a à exécuter un homme. Clerc est séduit, il compose une musique qui débute doucement, puis s'enflamme peu à peu pour éclater lors du final. Le résultat est excellent. La chanson est diffusée sur le disque "Sans Entracte". Le thème principal de cette chanson reste celui-ci : comment peut-on vivre le coeur léger dans un pays où on fait mourir des hommes au nom de la Justice?

C'était un jour à la maison
Je voulais faire une chanson
D'amour peut-être
À côté de la fenêtre
Quelqu'un que j'aime et qui m'aimait
Lisait un livre de Giono
Et moi penché sur mon piano
Comm' sur un établi magique
J'essayais d'ajuster les mots
À ma musique...


Le matin même, à la Santé
Un homme... un homme avait été
Exécuté...
Et nous étions si tranquilles
Là, au coeur battant de la ville
C'était un' fin d'après-midi
À l'heure où les ombres fidèles
Sortant peu à peu de chez elles
Composent doucement la nuit
Comm' aujourd'hui...


Ils sont venus à pas de loup
Ils lui ont dit d'un ton doux
C'est le jour... C'est l'heure
Ils les a regardés sans couleur
Il était à moitié nu
Voulez-vous écrire une lettre
Il a dit oui... il n'a pas pu
Il a pris une cigarette...


Sur mon travail tombait le soir
Mais les mots restaient dans le noir
Qu'on me pardonne
Mais on ne peut certains jours
Écrire des chansons d'amour
Alors j'ai fermé mon piano
Paroles et musiqu' de personne
Et j'ai pensé à ce salaud
Au sang lavé sur le pavé
Par ses bourreaux

Je ne suis président de rien
Moi je ne suis qu'un musicien
Je le sais bien...
Et je ne prends pas de pose
Pour dir' seulement cette chose
Messieurs les assassins commencent
Oui, mais la Société recommence
Le sang d'un condamné à mort
C'est du sang d'homme, c'en est encore
C'en est encore...

Chacun son tour, ça n'est pas drôle
On lui donn' deux trois paroles
Et un peu... d'alcool...
On lui parle, on l'attache, on le cache
Dans la cour un grand dais noir
Protège sa mort des regards
Et puis ensuite... ça va très vite
Le temps que l'on vous décapite

Si je demande qu'on me permette
À la place d'une chanson
D'amour peut-être
De vous chanter un silence
C'est que ce souvenir me hante
Lorsque le couteau est tombé
Le crime a changé de côté
Ci-gît ce soir dans ma mémoire
Un assassin assassiné
Assassiné, assassiné...

"Rue des Blancs-Manteaux"

Trois grands noms entourent cette chanson. Sa création remonte au début de la quatrième République, dans les cafés de Saint-Germain des Prés, où l'on refaisait le monde, un quadragénaire au strabisme prononcé, sur une feuille de papier, rédigeait quelques lignes de chant. Il les proposait bientôt à un des ses amis, Joseph Kosma, et puis l'offrait à la muse de l'existentialisme, Juliette Gréco, 20 ans.

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Ils ont élevé des tréteaux
Et mis du son dans un seau
Et c'était un échafaud
Dans la rue des Blancs-Manteaux

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Le bourreau s'est levé tôt
C'est qu'il avait du boulot
Faut qu'il coupe des généraux
Des évêques, des amiraux,
Dans la rue des Blancs-Manteaux

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Sont v'nues des dames comme il faut
Avec de beaux affûtiaux
Mais la tête leur f'sait défaut
Elle avait roulé d'son haut
La tête avec le chapeau
Dans l'ruisseau des Blancs-Manteaux

"Du gris"



Cette chanson n'a qu'une relation minime avec les hautes oeuvres, mais on y cite Deibler, et la chanson me plait beaucoup. Alors...

Eh Monsieur, une cigarette
Une cibiche, ça n'engage à rien
Si je te plais on fera la causette
T'es gentil, t'as l'air d'un bon chien
Tu serais moche, ce serait la même chose
Je te dirais quand même que t'es beau
Pour avoir, tu en devines bien la cause
Ce que je te demande : une pipe, un mégot
Non, pas d'Anglaises, ni de Gouttes Dorées
Ces tabacs-là, c'est du chiqué

Du gris que l'on prend dans ses doigts
Et qu'on roule
C'est fort, c'est âcre comme du bois
Ça vous saoule
C'est bon et ça vous laisse un goût
Presque louche
De sang, d'amour et de dégoût
Dans la bouche

Tu fumes pas, ben t'en a de la chance,
C'est que la vie, pour toi, c'est du velours,
Le tabac, c'est le baume de la souffrance,
Quand on fume, le fardeau est moins lourd.
Y a l'alcool, me parle pas de cette bavarde,
Qui vous met la tête à l'envers,
La rouquine qu'était une pocharde,
À vendu son homme à Deibler.
C'est ma morphine, c'est ma coco,
Quoi ? C'est mon vice à moi le perlo !

Du gris que l'on prend dans ses doigts
Et qu'on roule
C'est fort, c'est âcre, comme du bois,
Ça vous saoule
C'est bon et ça vous laisse un goût
Presque louche
De sang, d'amour et de dégoût,
Dans la bouche

Monsieur le Docteur, c'est grave ma blessure?
Oui je comprends, il n'y a plus d'espoir
Le coupable, je n'en sais rien, je vous le jure
C'est le métier, la rue, le trottoir
Le coupable, ah je peux bien vous le dire
C'est les femmes avec leur amour
C'est le coeur qui se laisse séduire
La misère qui dure nuit et jour
Et puis je m'en fous, tenez, donnez-moi
Avant de mourir une dernière fois

Du gris, que dans mes pauvres doigts
Je le roule
C'est bon, c'est fort, ça monte en moi
Ça me saoule
Je sens que mon âme s'en ira
Moins farouche
Dans la fumée qui sortira
De ma bouche

"Frédo"



On l' connait d'puis la communale
Le gars qu'est là sur la photo
A la premièr' pag' du journal
Mais on l' reverra pas d' sitôt
Il a saigné deux vieill's mémères
Et buté trois flics,des costauds
Certain'ment sur un coup d' colère
Vu qu'il est pas méchant Frédo
Il a pillé la Banqu' de France
Pour rendr' service à des copains
Pour améliorer leurs finances
Faut bien qu' tout l' mond' y gagn' son pain
Y'a deux trois employés d' la banque
Qu'ont pris d' la mitraill' plein la peau
Bon dieu dans ces cas là on s' planque
Mais c'est pas sa faute à Frédo

Il a liquidé sa frangin'
Un' salop' une rien du tout
Parc' qu'il voulait plus qu'ell' tapine
Elle a calanché sur le coup
Ca c'est des histoir's de famille
Ca regarde pas l' populo
Et puis c'était jamais qu'un' fille
A part ça l'est gentil Frédo
Il a vagu'ment fait du chantage
C'était plutôt pour rigoler
Pour avoir l'air d'être à la page
Mais les môm's qu'il a chouravés
Cétait des p'tits morveux d' la haute
Qui bouff'nt du caviar au kilo
Tout pour les uns rien pour les autres
"C'est pas just"' y disait Frédo

Il a fait l' ramdam chez les Corses
Un soir qu'il avait picolé
Et comm' i' connait pas sa forc'
Les autr's ils ont pas rigolé
Raphael a sorti son lingue
Bref tout l' mond' s'est troué la peau
C'est vraiment une histoir' de dingues
Vu qu' c'est tous des pôt' à Frédo
L'histoir' des deux voyous d' Pigalle
Qu'il a flingué d'un coeur léger
Moitié camés moitié pédales
Il fallait bien les corriger
Sinon peu à peu qu'est c' qui s' passe
Un jour ça s'allonge aux perdreaux
Total qui c'est qui paie la casse
"C'est nos zigues "y disait Frédo

Un coup d' piqu' feu dans l' péritoine
Et Frédo s'est r'trouvé comm' ça
Le cul sur l'Faubourg saint Antoine
Qu'est c' qu'il foutait dans c' quartier là
Bien sûr il s'est r'trouvé tout d' suite
Avec les poulets sur le dos
Maint'nant vous connaissez la suite
Vous l'avez lue dans les journaux
Un garçon qu'avait tout pour faire
Impeccable mentalité
Délicat , correc' en affaires
Bref il avait qu' des qualités
Ca fait mal quand on l'imagine
En train d' basculer sous l' couteau
De leur salop'rie d' guillotine
Un mec aussi gentil qu' Frédo.

"Je suis pour"

On l'a remarqué, la moitié des condamnés à mort exécutés dans les années 70 le furent pour avoir tué un enfant. De même, les trois derniers condamnés en France avaient, de fait, assassiné des enfants. Dans ce cas de crimes atroces, face à des êtres qui n'ont pas eu le temps de connaître la vie, on comprend le cri de haine des parents. Michel Sardou, au lendemain des affaires Ranucci, Henry et Carrein, clame son avis à ce sujet, en prenant la place d'un père dont l'enfant a été tué.

Tu as volé mon enfant,
Versé le sang de mon sang.
Aucun Dieu ne m'apaisera.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Tu m'as retiré du coeur
Et la pitié et la peur.
Tu n'as plus besoin d'avocat.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Tu as tué l'enfant d'un amour.
Je veux ta mort.
Je suis pour.

Les bons jurés qui s'accommodent
Des règles prévues par le code
Ne pourront jamais t'écouter,
Pas même un christ à tes côtés.
Les philosophes, les imbéciles,
Parc'que ton père était débile,
Te pardonneront mais pas moi.
J'aurai ta tête en haut d'un mât.

Tu as tué l'enfant d'un amour.
Je veux ta mort.
Je suis pour.

Tu as volé mon enfant,
Versé le sang de mon sang.
Aucun Dieu ne m'apaisera.
J'aurai ta peau. Tu périras.
C'est trop facile et trop beau.
Il est sous terre. Tu es au chaud.
Tu peux prier qui tu voudras.
J'aurai ta peau. Tu périras.

Tu as tué l'enfant d'un amour.
J'aurai ta mort.
Je suis pour.